Anciens faits-divers franchimontois (11)

Mai 2004
mercredi 1er juillet 2009
par  Alex Gonay
popularité : 2%

Nous enchaînons notre revue des anciens faits-divers par un autre triste événement survenu cette fois à Juslenville et toujours révélé par Le Journal de Theux, celui du 27 février 1887 : « Asphixie à Juslenville. Le père maçon était à la besogne ; la mère faisait la lessive chez sa mère, veuve et malade ; l’aînée des enfants, âgée de onze ans, était à la fabrique et un petit monde de cinq enfants, dont le plus âgé n’a que 8 ans, était enfermé dans la maison. Que s’est-il passé ? Nul ne le sait. L’aînée rentrant à midi de l’atelier, à midi, trouve ses frères et sœurs étendus, face contre terre et inanimés. Elle crie au secours et les voisins accourent et s’empressent. M. le docteur Bronfort arriva immédiatement et parvint, après bien des efforts à réanimer quatre enfants. Seule, une petite fille d’un an et demi n’a pu être ramenée à la vie. » On ne connaît pas la cause du drame, les voisins n’ayant vu ni feu, ni fumées, mais la raison profonde en est sûrement la misère de ces pauvres gens. »

Nous terminerons notre dernière rubrique par deux actes graves qui se terminent d’ailleurs par la mort des victimes. Pour gérer cette violence mais encore bien d’autres choses, la police communale de l’ancienne commune de Theux ne comportait qu’un seul agent : le garde-champêtre (L. Warnotte à cette époque), éventuellement secondé par l’un ou l’autre garde-champêtre auxiliaire. Si cela s’avérait nécessaire, c’était la gendarmerie de Spa qui arrivait en renfort. Car il ne faut pas s’imaginer que Theux était alors un paisible village. C’était une localité industrielle ; une dizaine d’usines textiles et pas des moindres ainsi que cinq tanneries s’étiraient le long de nos deux rivières : Hoëgne et Wayai. Les cabarets étaient légion.

Ce type de policier nous est présenté dans le « Journal de Theux » du 7/6/1887. « Il est dans chaque commune un homme simple, serviable, estimé des bons et craint des méchants ; nous l’appelons le garde-champêtre. Aux yeux des gamins qui commencent à s’émanciper, le garde-champêtre est l’incarnation de l’autorité. Ils le redoutent plus que le gendarme que seules, les villes ont la faveur de posséder. L’enfant le craint plus que le bourgmestre. Lorsque les fruits se colorent dans le verger clôturé d’une haie facile à escalader, qu’est-ce qui défend le marmot, ignorant de la loi, contre les irrésistibles attraits de la reine-claude ? C’est le garde-champêtre ! Quand le gamin se fait homme, ce n’est plus les prunes, ni les pommes qui le tentent , c’est le cabaret, parfois théâtre de querelles ; c’est la kermesse et ses bruyantes orgies ; c’est le bal villageois avec ses jalousies, ses rivalités. Le code pénal alors, on le côtoie à chaque instant et que de fois on l’enfreindrait si le garde-champêtre n’était pas là… ». Une image qui est bien celle de mon enfance.

Le vade-mecum du garde-champêtre était le code rural. Un nouveau code fut établi le 7 octobre 1886 et notre journal va le publier dans son entièreté, lors de ses éditions en octobre et novembre de cette année. Il comportait 98 articles et nous vous en communiquons quelques-uns, certains, plus ou moins insolites aujourd’hui. Art.48 : Le bourgmestre visite ou fait visiter annuellement ou plus s’il y a lieu les fours et les cheminées. Art. 51 à 56 : Les gardes-champêtres. Ils sont principalement institués pour veiller à la conservation des propriétés, des récoltes et des fruits de la terre. Ils sont nommés par le gouverneur. Ils doivent être âgés de 25 ans au moins. Ils reçoivent leurs ordres du bourgmestre. Art. 59 : Dans l’exercice de leurs fonctions, ils peuvent être munis d’un fusil avec baïonnette, d’un pistolet et d’un sabre. Le modèle de fusil sera déterminé par le ministre de l’intérieur. Art. 60 : Ils peuvent tenir cabaret, éventuellement par personne interposée. Les institutions publiques et les particuliers peuvent aussi avoir des gardes-champêtres. Ceux-ci doivent avoir été agréés par le gouverneur de la province et doivent prêter serment devant le juge du canton de Spa. Ils peuvent être armés d’un fusil. Ils n’ont droit à aucun traitement de la commune. Ces gardes particuliers peuvent être engagés par la commune sous certaines conditions et seront alors des gardes-champêtres auxiliaires. L’article 87 énumère huit infractions punissables de 1 à 10 fr d’amende. L’art. 88, seize infractions punissables de 10 à 20 fr et/ou de 1 à 5 jours de prison, comme négliger d’enterrer des animaux morts dans les 24 h et à 1m50 de profondeur ; ou encore, allumer un feu à moins de 100 m de maisons, bois, vergers, haies, blé, paille et meules de foin. L’article 90 punit de 15 à 25 fr d’amende et/ou de 1 à 7 jours de prison le fait d’avoir jeté dans un puits, un abreuvoir ou une fontaine, des corps organiques susceptibles de rendre l’eau non potable ; ou encore, de jeter dans les canaux, rivières et étangs, des produits susceptibles de détruire les poissons ; ou encore, de détruire, renverser, boucher ou fracturer des ruches, d’attirer volontairement chez soi un essaim, d’écorcer ou couper des arbres d’autrui, etc… Mais bientôt, s’annonce une brigade de gendarmes à cheval pour Theux. Les choses vont aller très vite. La commune décide d’acheter la maison de l’ancien bourgmestre Dandrimont, contiguë au cimetière. Les travaux d’aménagement sont mis en adjudication, l’entrepreneur choisi, les travaux exécutés, tout cela en quelques mois. Et le 9 octobre 1887, la brigade, sous le commandement du brigadier Charpentier, s’installe, au pied de la rue du Tillot, dans ce qui fut, dès le XIVe siècle, l’auberge de la Boverie, siège d’une cour de justice et fin du XIXe siècle, la première gendarmerie de Theux.

Depuis un an, nous avons évoqué la vie à Theux, fin du XIXe siècle, grâce à la lecture du « Journal de Theux », il faut admettre que tous les événements narrés ne donnent pas une idée d’une vie heureuse ; il a été question d’incendies, de vols, de meurtres, de morts accidentelles, de gardes-champêtres et de gendarmes. Ce qui est en général, dans tous les journaux, la rubrique des faits-divers. Pour le mois prochain, je vous promets de récolter une brassée de faits joyeux.


Navigation

Articles de la rubrique

  • Anciens faits-divers franchimontois (11)

Agenda

<<

2017

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Top Articles