Jean Gillet

mercredi 13 août 2008
par  Alexandre Lodez , Valérie Dohogne
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Voilà déjà 10 ans que notre sénateur bourgmestre de Theux-La Reid a rangé son écharpe au placard. Dix ans que des hauteurs de La Reid, il observe avec discrétion le déroulement de la vie de tous les jours.

Sur la table de sa cuisine qui ressemble à n’importe laquelle de nos cuisines ardennaises, une pile de journaux et des enveloppes du Sénat, de la Région Wallonne ou de la Communauté Française démontrent que notre homme garde un contact avec les institutions politiques qu’il a arpentées durant plus de 20 ans.

C’est un homme qui a su rester simple. Pourtant, il y a bien du chemin parcouru entre le petit ouvrier textile de chez Pirnay à Ensival qu’il était avant son service militaire et le sénateur honoraire qu’il est devenu.

La famille Brian dont il est le petit-fils est venue s’installer Croix-Colette au début de notre siècle.

Son grand-père, qui ne semblait avoir peur de rien, était originaire de Fléron et connut les difficultés de la mine.

Lancé en politique, il devint avant, pendant et après la guerre 14/18 député permanent (socialiste). Son rêve était de vivre à la campagne et de cultiver la terre, c’est cela qui amena toute la famille Brian à défricher hectare après hectare la zone de la Croix-Colette.

C’est là aussi que notre ancien mayeur naquit en septembre 1918. Il savait donc ce qu’était la politique, puisque à sept ans il alla plusieurs fois avec son grand-père au palais provincial.

Le trajet s’effectuait en partie à pied et en partie en train (à l’époque, nos députés permanents n’avaient ni voiture, ni chauffeur).

Mais si le grand-père oeuvrait à la politique provinciale, sa famille cultivait la terre, tout en exerçant d’autres métiers.

Son père, natif de Pouillou-Fourneau, travaillait dans une filature à Juslenville (chez Spéder de Harven).

Le petit Jean fréquenta l’école communale de Becco et termina sa 6ème primaire à l’âge de 10 ans. Les études l’intéressaient mais sa mère le dissuada de les prolonger. A l’époque, il fallait se rendre à pied à Spa pour suivre l’école moyenne et en plus, cela coûtait cher.

Son oncle qui n’avait pas d’enfants était pourtant d’accord de lui payer n’importe quelles études.

Rien n’y fit et notre Jean dut renoncer à son rêve de devenir médecin. Il commença à travailler.

En mai 1938, il fut appelé sous les drapeaux au 1er de ligne à Verviers. La guerre menaçant, il dut continuer à servir la nation.

Au moment où la guerre fut déclarée, notre jeune homme était en congé et dut en hâte rejoindre son unité. Quelques jours plus tard, après quelques heures de feu, avec quelques amis, il fut fait prisonnier.

Commence alors l’une des parties les plus dures et les plus importantes de sa vie. Comme pour beaucoup d’autres jeunes allaient commencer cinq longues années de captivité.

Il sera rapidement emprisonné à Hülptingsen, et affecté au commando 1051 avec le matricule 25.613. Il pourrait nous parler des heures durant, comme tant d’autres de nos anciens de tous les épisodes de cette vie de travail.

Toutefois, on remarque qu’à cette époque, il commença à développer son art du contact et du dialogue. Comprenant rapidement que parler l’allemand serait un atout, il se mit à l’étudier. Avec le concours d’un instituteur, il progressa rapidement. Il devint donc aussi un relais indispensable entre les soldats allemands et les prisonniers belges et français qui composaient son commando.

Et le dimanche, il passait souvent son temps à régler quelques problèmes relationnels ou autres avec soldats, fermiers, habitants de la région. Il avait compris que par le dialogue et l’écoute, on pouvait résoudre beaucoup de problèmes.

Ce trait de caractère certainement déjà présent avant la guerre s’est plus que probablement développé durant celle-ci. Il revint au pays en 1945 avec, au bras une jeune fille polonaise qui devint son épouse et avec qui il a eu trois enfants.

Il se remit au travail, agrandit l’exploitation agricole. Et s’il continuait à être un homme très sociable, il s’occupait avant tout de son travail, de sa famille et de ses amis.

Comme avant chaque élection (ici ce fut en 1958), les partis se mettaient en chasse de bons candidats.

Et c’est ainsi que le bourgmestre Broers convainquit notre brave fermier. Il obtint d’emblée le second score de la liste, mais n’accepta pas de poste scabinal.

Le déménagement de M. Broers propulsa Jean Gillet bourgmestre de La Reid. Il avait 41 ans. (Il occupera cette fonction jusqu’aux fusion des communes en 1976).

Il devint alors bourgmestre de Theux jusqu’en 1986.

Membre du PSC, il démissionna de ce parti en 1961. Il n’accepta pas que le parti, malgré sa promesse de ne pas faire alliance avec les socialistes, finit par choisir cette coalition.

Le parti libéral, marquant son ouverture aux chrétiens, séduit notre bourgmestre de La Reid.

Au début des années 60 il se lança dans une tournée de conférences sur le thème agricole. Et puis un soir, P. Pahaut, ingénieur agronome de Theux et membre du parti libéral réussit à le convaincre de se présenter au pool pour le choix du candidat tête de liste au sénat.

Pas convaincu de son succès, il est finalement choisi devant le bourgmestre de Heusy. Il est élu tête de liste et bientôt sénateur libéral. Commence une longue histoire parlementaire qui de 1965 à 1986 conduisit à son rythme notre agriculteur sénateur non seulement dans tous les couloirs du monde politique belge, mais aussi dans de nombreux pays des continents européen et africain.

Cet homme communicatif, sociable … est aussi très émotif. Nous comprendrons pourquoi, il n’a pu retenir ses larmes lorsqu’il entra pour la 1ère fois au Sénat.

S’il est émotif, c’est aussi un homme de décisions, qui a du caractère et qui sait où il veut aller. Faire de la politique c’est pour lui faire de la gestion. C’est gérer comme on peut gérer son propre portefeuille.

Ce qui a guidé Jean Gillet, c’est l’envie de réaliser quelque chose de bien pour la population.

Chaque personne a le droit d’être écoutée qu’elle que soit son appartenance politique ou religieuse.

Il a fait partie de partis politiques, mais n’était pas un homme d’appareil. Son souci a toujours été d’éviter de tomber dans la critique facile des autres partis politiques parce qu’ils étaient d’un autre parti. « Des bonnes idées, il y en a partout ».

Jean Gillet apparaît comme un homme heureux, qui, entouré de sa famille vit tranquillement, entretient sa propriété comme il entretient ses amitiés. Il continue à aimer la nature, la forêt (il a même été garde chasse). Il aime les animaux, et lorsque vous le lancez sur le sujet du parc à gibier de La Reid, il devient également intarissable. On sent que ce projet il l’a soutenu depuis le début et qu’il a voulu en faire avant tout un musée vivant des hôtes de nos bois, d’hier comme d’aujourd’hui.

Ce grand-père attentif, continue à s’interroger sur le devenir de notre société. Il sent les choses, peut-être mieux que ceux qui les intellectualisent. Il est parfois pessimiste sur notre équilibre social en Belgique et profite pour réaffirmer haut et fort qu’il est unitariste et royaliste.

Il est aussi convaincu de longue date que nous devons partager le temps de travail et les revenus de celui-ci. Trop de chômage nuit fortement à l’équilibre d’une société. Jean Gillet reste donc à bientôt 78 ans, un homme passionnant, accueillant, doué pour raconter son histoire.

C’est un personnage attachant qui a du caractère.

A force d’avoir écouté les autres, d’avoir cherché à améliorer la vie de notre société, il porte en lui la tradition. Une tradition fort simple, celle qui nous dit d’écouter vivre le temps, de ne pas avoir les yeux plus grands que le ventre et qui construit petit à petit sans tout balayer sur son passage.

Alexandre Lodez

Pays de Franchimont n°604, Septembre 1996


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