La Bouxherie

vendredi 10 août 2007
par  Alex Gonay, Chantal Cloes
popularité : 10%

Pays de Franchimont N° 536 de janvier 1991

Notre patrimoine architectural

La Bouxherie

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Jusqu’à la fin du XV ème siècle, l’endroit où s’élèvent actuellement les maisons de la Bouxherie était couvert de buisson si l’on en croit l’étymologie. Ce nom viendrait du latin Buxalia = buisson, en wallon bouhis signifie un hallier. Une autre hypothèse fait dériver ce nom du wallon bouhi : frapper, le geste du forgeron. En 1498, un Pirot Boniver va ériger à cet emplacement un premier établissement industriel, une forge actionnée par l’eau d’un biez creusé à partir d’une vanne sur la Hoëgne, « en amont vers le Marchier », l’actuel nouveau barrage hydraulique . Au cours du XVIème siècle, l’entreprise va prendre de l’extension, on construit une nouvelle forge et aussi une maison neuve avec jardin et cour.
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La famille Boniver (1) est une très ancienne et très importante famille theutoise de maître de forges et elle exploitera entr’autres les forges de la Bouxherie depuis leur création jusqu’en 1779 ; elle a fourni au bourg de Theux 11 bourgmestres dont plusieurs furent nommés de 3 à 5 reprises. C’est l’un d’eux, Jacques Boniver, bourgmestre en 1639, 1647 et 1653 qui aurait fait élever ce petit chef-d’œuvre de l’architecture Renaissance mosane.
Le bâtiment comporte deux habitations, celle de gauche est plus grande et plus luxueuse. Le rez-de-chaussée est en pierres de taille, l’étage en moëllons dit « grès de Franchimont » avec encadrements des fenêtres en pierres de taille et il en est de même pour les bandeaux horizontaux prolongeant ces fenêtres. La porte d’entrée est précédée d’un perron à trois degrés avec une pierre d’appui latérale au bord antérieur festonné, elle est surmontée d’un important linteau fortement entaillé ultérieurement pour créer un imposte vitrée et sur lequel on peut lire le millésime 1667 (2) . A remarquer la curieuse mais harmonieuse disposition des fenêtres à 2, 4 ou 6 jours.
L’habitation de droite présente une façade moins étendue, de style identique mais plus modeste, toute en moëllons, sans bandeau horizontal en pierres de taille, avec une porte plus basse mais toujours précédée d’un plus petit perron avec pierre d’appui latérale, la disposition des baies est différente mais bien équilibrée et l’ensemble des deux maisons réjouit la vue avec une même corniche garnie de corbeaux en forme de glands, son haut toit d’ardoises percé de deux lucarnes autrefois surmontées d’épis en fer forgé représentant l’aigle germanique ;
Les forges se trouvaient derrière le long du petit canal qui coulait au pied de la colline de Chawieumont, actuellement pied du remblai de chemin de fer. Les véhicules lourds accédaient à ces ateliers par un gué situé à l’emplacement du pont actuel et le chemin se poursuivait vers Sassor en escaladant la colline. Deux petits ponts existaient déjà au XVIIIème siècle, l’un en amont des forges, ancêtre du pont Raxhon et l’autre en aval, figure sur beaucoup d’anciennes cartes-vues.
Les frères Jean-Philippe et Jean-Baptiste de Limbourg exploitèrent les forges fin XVIIIème siècles mais la révolution de 1789 et le déclin inéluctable de la métallurgie franchimontoise vont interrompre l’activité des forges Au XIXème siècle, va se créer un petit complexe industriel avec moulin à tan, moulin à farine, lavoirs de laine, tannerie, puis début du XXème siècle toujours la tannerie et un important atelier mécanique de machines textiles. L’activité industrielle a quasi disparu mais reste pour notre plus grand plaisir, ce petit bijou d’architecture placé maintenant dans un cadre champêtre.
Annotations

(1)Vers 1410, un Lambert Boniver dit le Bouhier exploitait une forge à Theux. Ses descendants vont durant 400 ans diriger dans notre région de nombreux établissements métallurgiques. Certains sont partis porter leur savoir hors du Franchimont. En 1500, un Boniver s’installe sur les bords du Hoyoux, à Marchin. Son fils deviendra à trois reprises bourgmestre de Huy. Au XVIIème siècle un descendant de cette branche s’en ira avec d’autres wallons fonder en Suède des générations de maîtres de forges. Celle des Boniver existe toujours sous le nom de Bonnevier... En 1550, un autre Boniver installera fourneau et forge à Hamoir. En 1762, un Lambert Boniver sera anobli par l’impératrice Marie-Thérèse.
(2)1667, date de construction. Mais Jacques Boniver est décédé en 1660 !
Autrefois, les fenêtres étaient garnies de vitraux portant blason et inscriptions. Sur un de ces vitraux, on pouvait lire « en mémoire de Feu Honoble Jacques Boniver Marchand. » Cinq autres vitraux portaient le nom de ses fils Lambert, Jacques, Nicolas, Pierre et Jean , l’inscription concernant ce dernier dit « Jean Boniver Maistre de ceste maison et Anne Adolphe son Espeuse Anno Domini 1766. » Il semble donc que ce serait plutôt lui le bâtisseur de la Bouxherie.
Les vitraux ont été détruits lors de l’explosion du Pont Raxhon, miné par les Allemands en septembre 1944.

Pour les chroniqueurs du Marquisat,

A GONAY


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