Le taupier

mercredi 19 mars 2008
par  Sandra Faccoli
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C’était jadis une profession exercée par de vrais spécialistes que l’on rencontrait encore par nos campagnes peu avant la dernière guerre. Le métier a désormais complètement disparu suite aux nouveaux procédés de capture et d’élimination des petits mammifères, mais aussi parce que l’on ne les considère plus vraiment comme des animaux nuisibles et que leur fourrure, de nos jours, n’est plus guère appréciée.

Le taupier, travailleur ambulant, et, par sa fonction, en rapport étroit avec les forces souterraines, donc avec les puissances infernales, vivait en marge de la société et inspirait la méfiance, un certain mépris, la crainte aussi car il était considéré comme le dépositaire de secrets, recettes et remèdes. On lui prêtait même des faits merveilleux.

On raconte que certains avaient le pouvoir de "faire pousser" une taupe, sur l’heure et à l’endroit désigné, dans les chemins de terre les plus battus. Deux témoins certifient avoir vu pousser une taupe dans un jeu de quilles, par la seule volonté du taupier. Ce dernier avait le secret d’appâts mystérieux et spéciaux pour chaque espèce de bêtes. Avec de la graine de civette, il pouvait faire passer un lièvre où il voulait ; il en mettait aux semelles de ses souliers, les portait en main, puis les rechaussait et cheminait vers l’endroit où le lièvre devait passer : l’animal suivait la trace laissée par la civette.

Les témoignages directs concernant ce vieux métier disparu sont à présent rarissimes. Aussi, c’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons recueilli les souvenirs de M.J. Cremer de Fraineux (la Reid) qui, dans sa jeunesse, a non seulement observé un taupier à l’œuvre, mais également exercé, adolescent, cette profession très particulière.

En 1926 ou 1927, alors qu’il était valet de ferme chez un certain M. Gaspard, M. Jean Cremer vit à l’œuvre un taupier appelé Malgave. C’était un vieil homme dont les jambes avaient été brisées et qui, malgré son infirmité, cheminait de ferme en ferme pour les besoins de sa profession. Dans les champs, il posait des pièges qu’il laissait sur place pendant deux jours pour les relever dans le courant de la troisième journée. Pour ce travail, il demandait au fermier 120 francs par hectare, une somme rondelette pour l’époque. Ensuite, il repartait avec sa moisson de victimes, dont il revendait aussi les peaux.

Dans un article des « Cahiers ardennais » signé Albin Body, nous avons retrouvé la description d’un piège jadis utilisé par la plupart des « Tchesseu d’foyans ». Les pièges consistaient en une sorte de « moussette » ou collet, suspendu et attaché à l’extrémité d’une baguette de coudrier, tandis que l’autre bout de celle-ci était piqué dans le sol. Elle faisait ressort et était tendue au moyen d’un crochet à déclic. La bête venait-elle à toucher celui-ci, elle était prise dans le collet.

Toutefois, il fallait plus de trois jours pour prendre toutes les taupes sur un hectare de terrain. C’est pourquoi M. Cremer passait après le taupier pour achever les pièges dans les clôtures, seul endroit que les vaches ne piétinaient pas. Il en attrapait ainsi un nombre respectable encore.

Une autre méthode, bien connue, mais rarement pratiquée avec succès par des non spécialistes, exigeait plus d’habileté. Le taupier se postait près d’une taupinière, contre le vent, car ces bestioles ont un odorat exceptionnel, et, avec une houe ou une bêche, après avoir patienté quelques minutes, au moment où la terre commençait à bouger, il détruisait le monticule, extrayait l’animal, puis le tuait. M. Cremer nous a assuré qu’il ne ratait jamais son coup.

Bien sûr, une bonne réussite dans ce genre d’opération suppose une parfaite connaissance de l’animal et de ses mœurs. M. Cremer, en vrai spécialistes, est intarissable dès qu’on aborde le sujet. Ainsi nous a t-il appris que les taupes ressortent du 15 au 30 juillet environ avant de disparaître dans les entrailles de la terre jusqu’à la fin de l’hiver, qu’elles vivent en couple et qu’elles font leur nid en avril, avec des herbes et des feuilles séchées, dans les clôtures de préférence. C’est d’ailleurs là qu’il faut se rendre si l’on veut prendre les jeunes.

Dès que notre jeune taupier (M. Cremer n’avait guère plus de quinze ans à l’époque), revenait avec sa moisson de petits cadavres, il les pelait, puis clouait leur peau sur une planche afin de les laisser sécher durant à peu près un mois. Soulignons, en passant, que des fermiers de Stavelot qui attrapaient eux-même des taupes ne les revendaient qu’après les avoir tannées.

En saison, une certaine Mme Bruhls passait toutes les semaines pour les collecter et offrait jusqu’à 3 ou 4 francs par peau. Dès qu’elle avait réuni un lot suffisant, elle revendait la précieuse marchandise à un grossiste.

Pour la petite histoire, M. Cremer nous a confié qu’une dame de La Reid lui avait jadis demandé de débarrasser son parc de tous ses hôtes souterrains. Pour ce faire, il avait fait acheter 25 pièges ronds qu’il posa avec tant d’adresse qu’en moins d’une semaine, il avait capturé 33 bestioles. Probablement séduite par la finesse de leur fourrure, la dame en question se fit confectionner un manteau de taupe qui dut coûter une fortune, car pour un tel travail il fallait des centaines de peaux.

A condition que ces petits insectivores dérangent la belle régularité de votre pelouse et que vous désiriez vous en débarrasser à tout prix, suivez le conseil de notre spécialiste . Avant de poser votre piège, vérifier que la galerie est bien lisse. Cela signifie que les taupes y passent souvent et qu’en posant votre piège vous aurez toutes les chances de les attraper à cet endroit. Cependant, ce ne sera jamais un travail aisé, car ces petits animaux peuvent descendre très bas dans le sol. Un Reidois a trouvé, en creusant son terrain, des galeries qui s’enfonçaient jusqu’à 2m30 de profondeur. Selon M. Cremer, les taupes sont capables de passer en dessous des routes.

Par contre, si le massacre n’est pas vraiment nécessaire, évitez-le car l’insectivore souterrain détruit des milliers de larves qui occasionnent aux récoltes bien plus de dommages que n’en peuvent occasionner les taupes.

Source Pays de Franchimont


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