Nos bois en 1737

mardi 8 septembre 2009
par  Valérie Dohogne
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NOS BOIS EN 1737

La généralité des villes et des communes de la province de Liège trouvent la majeure partie de leurs ressources dans les usines, commerces et industries diverses qui fleurissent sur leur territoire. +

La commune de Theux, à notre époque, se trouve dans une situation quelque peu identique, seulement, c’est surtout le rapport de ses belles forêts qui intervient pour beaucoup dans l’équilibre de ses budgets. Grâce à l’initiative et au travail intelligent de ses gardes forestiers, ses nombreuses plantations sont en plein rendement. La superficie de ses bois qui atteint encore un nombre respectable d’hectares, n’est rien en comparaison de l’étendue qu’elle atteignait il y a 250 ans.

En ces temps déjà éloignés, ces grands bois, pour ainsi dire d’un seul tenant, étaient très dépourvus de chemins praticables ; quelques petites sentes à peine frayées ne permettaient qu’une circulation très difficile. Naturellement, la surveillance de ces grands domaines communaux n’était pas une sinécure. Nos ancêtres révoltés à l’excès et n’ayant que des revenus très minimes, ne se privaient pas, quand ils en avaient l’occasion, de tirer quelques pièces de gibier ou de se procurer du bois à bon compte. Que de luttes sournoises entre gardes et paysans, toujours un tantinet braconniers ; ils se donnaient comme excuse que bois et gibiers appartenaient à la communauté et que par conséquent ils en étaient tant soit peu propriétaires. Le garde, lui, payé pour surveiller et défendre son « triage » était obligé de sévir. Combien de crimes impunis perpétrés à la faveur des nuits sombres l Quelques croix plantées en pleine forêt nous renseignent encore aujourd’hui sur l’une ou l’autre de ces tragédies.

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Chaque secteur avait son nom particulier et si de nos jours une partie de ces grands terrains boisés a fait place à de belles cultures et à des prairies verdoyantes, ils ont conservés de ces noms vraiment wallons de chez nous. Les gens de la contrée ne se risquaient pas trop loin dans ces régions mystérieuses, aussi nos griveleurs opéraient-ils dans les environs de l’orée du bois. J’ai sous les yeux toute une série de rapports présentés en 1737 au greffe de !a communauté de Theux ; ne voulant pas abuser de votre patience, je ne vous en soumettrai que quelques-uns dans l’orthographe et le style savoureux usités par nos aïeux.

Le 26-11-1737. - Raportarent à la greffe de la cour de Theux, Jean Raskin et Louis Barlar, sergeants, d’avoir le 1 1-1 1 trouvé G. Jaspar sciant des stierneurs avec la faux dans les tailles de 3 ans, au lieu dit « La lèhète » (il est mort pauvre, sans payer). Egalement, les mêmes gardes ont vu Jacob de Fays et un homme avec lui sciant des stierneurs et trouvé 3 faaz de la rasse de chaine nouvellement couper à la porte de Charlier de l’héwèréville, les ayant mis en arrêt, à la vue des forestiers, qui se sont sauvé n’ayant pas coqnu celui] qui était avec le dit Jacob.

Le 3-12-1737. - Reportat à la cour de Theux, Jean Baltoset, forestier d’avoir trouvé le jourd’huij, le fils de Nanon Fuïat sortant hors du bois avec un faaz de chaine et biolle au lieu dit « sur les combles » et d’avoir trouvé 3 boeufs et 1 thorau appartenant à Jean Mension pasturant dans les tailles vendues par le bourgmestre et docteur Limbourg, au lieu proche de la croix Senton (Reçu 4 fl, à compte, reçu 4 patar, payé 28 patar au forestier).

Reportat à la greffe de la cour de Theux, J. Closset, forestier, d’avoir trouvé 5 bestes à cornes appartenantes à la veuve Ant. Chawal au lieu dit « laides goffes » et à la vue du forestier, le fils de la veuve les chassat hors des tailles (payé 5 fl pater et a payé le tiers au forestier).

Le 5 du présent mois, le forestier A. Pironet a trouvé bestes à cornes, pasturant dans les tailles de 4 ans au dit « trou Collette » dessus le « lait pré » forêt de cette communauté et gardée par le herdier de Simon Bastin d Dodo, et le 10 du présent mois 7 bestes appartenantes à Math. Sende dans les tailles vendues par le bourgmestre Wolff, n’ayant vu personne auprès, sinon d’avoir vu le fils Jean Mitchi Job qui a voulu les venir chasser, par après fils du dit Sende les fut chassé dehors (payé 8 fl. Et au forestier 2 esquelins et 1 patar, pour son tiers).

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Le 16-10-1738, raportat à la greffe de la cour de The Glaude d’Arbespine, forestier, d’avoir entendu devant jour, le 8-10, couper des stallons au lieu dit « fond des bagneurs » et le jour étant venu, il a vu et reconnu Gil Detrô qui continuait à couper des stallons et un de ses fils les ébranchois et un troisième qu’on luij a dit être le varlet du dit Detrô les trainoit dans la haye de M. Beauregardïe les susdits s’en étant allé, le raporteur a trouvé qu’il avait 4 double wérres coupées, 2 simples wérres et 6 petits stallons marqués pour demeurer dans la coupe (Reçu de Detrô 60 fl., payé au forestier 17 fl. 4 esquelins et 13 patar. (A-L) Per Registrum.,

Les délinquants avaient la faculté de payer par à compte et parfois, il arrivait qu’ils ne s’acquittaient jamais. Ces différents délits avaient un caractère très anodin, mais il n’en était pas toujours ainsi et souvent on a eu à déplorer de scènes vraiment tragiques. Nous constatons avec satisfaction que de nos jours les conditions de vie s’étant beaucoup améliorées, nos forêts ne subissent plus guère de dépréciations et nos gardes forestiers ne s’en plaindront pas.

Regn. Tieffels


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