La Maison Wolff ou la Maison du Bailli

vendredi 10 août 2007
par  Alex Gonay, Chantal Cloes
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Pays de Franchimont N° 552 de mai 1992

Notre patrimoine architectural

LA MAISON WOLFF OU LA MAISON DU BAILLI

Autrefois, cette importante construction dominait vraiment le petit village de Marché ; à côté des modestes maisons, la haute façade surmontée d’un toit à forte pente et flanquée de deux tours circulaires signalait l’habitation d’un personnage important et de bonne noblesse.

Au début du 17ème siècle, un membre de la noble famille des de Presseux construisit cette grande habitation de style Renaissance Mosane [1], à côté d’une tour existant déjà depuis une centaine d’années et éleva une seconde tour, symbole de la noblesse. L’ancêtre de ces de Presseux était Englebert de Presseux, châtelain de Franchimont sous le Prince-Évêque Erard de la Marck, ces de Presseux sont à l’origine de trois autres châteaux au ban de Theux, ceux de Jehoster, Hautregard, et Verte-Fontaine.

La demeure de Marché passa ensuite aux mains de François Wolff, un notable theutois, notaire, maire de la cour de justice de Spa, bourgmestre de Theux à trois reprises entre 1629 et 1647.

L’importance du personnage est encore perceptible à Theux par deux autres constructions. C’est lui qui fit relever en 1645 la Tour (Wolff) à Oneux [2] et qui obtint du Prince-Évêque l’autorisation d’ériger dans l’église de Theux une chapelle [3] pour y placer sa sépulture et celles de sa femme et de ses descendants.

Sa petite-fille épousa Henri-Nicolas Osterman, ancien bailli de la Commanderie de Villers-le Temple et hérita de la maison. Cet Osterman fut bourgmestre de Theux en 1695 et eut « l’honneur » de fournir un jambon de Mayence, en 1703, pour placer sur la table du général Marleborough de passage à Theux pour aller assiéger Limbourg. Ce couple n’ayant pas eu d’enfant, la maison revint aux Wolff.

En 1777, elle est la propriété de Jean-Bernard Wolff qui avait épousé Marie-Constance-Isabelle de Marteau, cette dame devenue veuve en 1779 eut une série de démêlés avec les révolutionnaires franchimontois et le 26 décembre 1790, la maison fut livrée au pillage.

Après avoir appartenu aux de Marteau, elle fait partie, au 19ème siècle, de la propriété d’un riche négociant verviétois, Laurent-Alfred Grandjean qui l’a achetée et qui comporte une belle demeure de style Louis XVI (le bâtiment d’entrée de l’Institut Saint Roch) avec ses dépendances et son parc.
Tout cet ensemble sera acheté en 1880 par les Pères Lazaristes expulsés d’Allemagne qui vont y construire de nouveaux bâtiments et une chapelle pour y faire un important établissement scolaire : le Marianum Collegium.
En 1919, la maison du Bailli suit le sort de ce collège racheté par l’évêché de Liège pour y accueillir l’Ecole Normale Saint Roch venant de Ferrières qui deviendra progressivement l’Institut St Roch actuel.

Entourée des hauts immeubles de l’école, la « Maison du Bailli » a un peu perdu de sa prestance, mais elle reste le plus ancien des beaux exemplaires de l’architecture renaissance liégeoise si bien représentée dans notre commune.

Pour les Chroniqueurs du Marquisat

A.GONAY


[1A remarquer : la porte basse à linteau droit, les fenêtres avec appuis, traverses et linteaux continués par des bandeaux horizontaux, les fers d’ancrage avec double volute, les petites fenêtres sous les corbeaux découpés soutenant la corniche.

[2Tour d’Oneux : cette tour qui tombait en ruines en 1645 fut restaurée par Fr. Wolff pour servir de défense et de retraite aux habitants. Étant l’attributaire des dîmes du village, il se devait de veiller à la protection des Oneutois.

[3La chapelle Wolff (dite aussi du loup) fut bâtie en 1655, on y accède par un escalier de 5 marches de marbre à partir de la nef droite. L’autel baroque entoure une toile représentant la Sainte Famille mais y figure aussi Saint-François patron du donateur et Fr Wolff lui-même à l’extrême droite.