La Chapelle Saint Nicolas à Marché

jeudi 10 septembre 2009
par  Alex Gonay, Chantal Cloes
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Notre patrimoine architectural

LA CHAPELLE SAINT-NICOLAS À MARCHÉ


Au centre de Marché, s’élève la chapelle St Nicolas, actuellement ombragée par deux grands tilleuls qui, à la belle saison, en cachent la façade. Si cet édifice date de 1739, l’existence d’une chapelle à Marché remonte à bien plus loin dans le temps et on avance même une date précise : 1285.
A cette époque, Henri de Gueldre, ex prince-évêque de Liège, déchu de son trône et excommunié en 1274 pour ses excès de mauvaise vie, venait régulièrement, par vengeance, dévaster les territoires de la Principauté de Liège. Le 23 avril 1285, à la tête d’une importante bande de soudards, il envahissait le chef-ban de Theux et peut-être voulait-il s’en prendre au château. Au pied de la colline de Franchimont, un violent combat opposa les brigands aux Franchimontois qui, non seulement mirent les pillards en déroute, mais tuèrent leur chef. A l’endroit où tomba Henri de Gueldre, au bord du ruisseau descendant de Sassor, on aurait fait élever une chapelle en commémoration de cet événement.
Ceci nous est rapporté par le chroniqueur Jean d’Outremeuse, mais certains historiens pensent qu’une chapelle a pu être construite déjà au XII ème siècle, pour desservir à la fois les villageois de Marché qui s’étaient regroupés au pied du château et les habitants du castel qui alors ne possédait pas d’oratoire, la chapelle de Marché portera d’ailleurs longtemps le titre de castrale [1].
La chapelle primitive ne se trouvait donc pas à l’endroit actuel mais bien près du ruisseau appelé depuis « Ru de l’Evêque » dont les crues la ravagèrent à de multiples reprises.
Aussi, en 1720, alors qu’une nouvelle fois, elle se trouve en ruine, le recteur de la chapelle, le chanoine Schelberg, veut bien donner 600 florins bb et les matériaux provenant de l’ancienne à condition qu’on la reconstruise à l’abri des inondations. Henri Wolff [2], personnage important du village fait don du terrain dit « pré à la fontaine » et 62 personnes s’engagent à édifier un nouveau bâtiment. Ce qui fut fait et la chapelle fut consacrée à St Nicolas comme l’ancienne, est inaugurée en 1739.

La nouvelle ressemblait assez bien à la dernière mouture de l’ancienne, elle comporte une seule nef, le chœur a trois plans coupés, les faces latérales sont percées de deux fenêtres , style Louis XIII. Une sacristie sera rajoutée plus tard, derrière le chœur. Un joli clocheton ajouré surmonte l’édifice à l’avant, la porte d’entrée est surmontée d’une niche (actuellement vide) portant l’inscription : « ST NICOLAS PRIE POVR NOVS -1739 » ; plus haut, un auvent abrite un Christ en croix.
A l’intérieur le bois est à l’honneur avec le retable en bois peint, les vieux bancs datés de 1725 et gravés du nom de notables de Marché, avec ses statues anciennes en bois polychrome : la Vierge et l’Enfant, Ste Anne, St Jacques 1er Majeur, St Roch et évidemment Saint Nicolas, évêque de Myre.

Elle accueillait ses nombreux fidèles non seulement de Marché, mais de Sassor, Sasserotte, Spixhe, et le dimanche, une partie des paroissiens étaient forcés « d’écouter » la messe de l’extérieur.
Aussi on décida de l’agrandir, en 1933, l’architecte P. Ugen ajouta une travée percée d’une fenêtre supplémentaire et la façade fut minutieusement reconstruite dans son aspect précédent.
Plantée au milieu de la place, elle est une des caractéristiques de ce village pittoresque, on l’a représentée un nombre incalculable de fois en gravures, peintures et cartes postales et personne n’a pu et ne pourrait s’imaginer Marché sans sa chapelle.

Annotations

3.Marché dans le courant de son existence a connu 5 chapelles :
1.la chapelle primitive au bord du ruisseau (1285 ?)
2.la chapelle du château (16ème siècle)
3.la chapelle d’un petit couvent élevé en 1638 par les religieuses de Sainte Catherine de Sienne (mais où ?)
4.la chapelle St Nicolas reconstruite sur la place en 1739
5.la chapelle de l’Institut St Roch (1891)

Pour les chroniqueurs du Marquisat,

Alex Gonay
Pays de Franchimont N° 554 de juillet 1992


[1La chapelle du château fut construite au cours du XVIème siècle, elle est signalée dans un registre en 1558 sous le vocable de St Jean-Baptiste.

[2Henri Wolff, juriste et avocat renommé, descendant de François Wolff (voir PdF de mai 92).