Superstition et magie

jeudi 27 mars 2008
par  Regnier Tieffels
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L’instruction et le progrès ont peu à peu annihilé ces pratiques aussi vieilles que le monde sans toutefois les anéantir radicalement ; évidemment entre la superstition et la magie il existe une différence énorme.

La superstition est une corruption du sentiment religieux mal interprété par ignorance et qui comprend, entre bien d’autres, de vains présages qu’on tire de certains accidents imprévus, de divinations de maléfices.

Par contre, nos ancêtres ont donné le nom de magie à une prétendue science qui avait la prétention de soumettre les puissances supérieures, esprits, génies, démons, etc. à la volonté du magicien et de se les asservir par des incantations ou des procédés mystérieux, à exécuter des actes extraordinaires, tels que divinations, apparitions, transformation, etc. Dans les temps plus modernes, la magie dite noire fut presque totalement abandonnée, et pour une bonne raison, et on a donné le nom de magie blanche à l’art qui consiste à produire des effets plus ou moins merveilleux par des moyens naturels découlant des sciences physiques, à la prestidigitation, etc.

Concernant la superstition, voici quelques pratiques qui furent en honneur chez nous et en Ardenne.
- Pour se préserver de la foudre, on traçait une croix sur la cheminée et on déposait dans l’âtre des branches de genévrier ou de buis en invoquant St-Donat, alors l’épaisse fumée repoussait la foudre.
- Les demoiselles en quête d’époux faisaient une neuvaine à St-Joseph du 11 au 19 mars, et la nuit du 19 au 20, elles voyaient en songe leur futur mari qui souriait.
- D’autres, plaçaient au dessus de leur lit un verre d’eau recouvert du portrait du jeune homme désiré et chaque matin se signaient à l’aide de cette eau ; ou, mieux allaient mordre un barreau de la grille de la chapelle de Tancrémont.
- Le jour du tirage au sort, le matin les parents allumaient devant la statue de la Vierge un cierge bénit ; si la flamme de celui-ci s’éteignait malgré le manque de courant d’air, le conscrit prenait un mauvais numéro, dans le cas contraire c’était jour de joie. Il arrivait qu’on inscrivait de son sang les lettres J.M. dans la paume de la main gauche et en plongeant celle-ci dans l’urne on disait tout bas : « Jésus-Marie, tirez-moi un bon numéro ».

A propos de remèdes, j’en ai de très efficaces et peu coûteux à votre disposition, pour brûlures, engelures, goulure, fièvre lente, muguet, zona, coliques, etc. Pour l’érésipèle, par exemple, délayer de la craie dans de l’eau bénite en l’honneur de Ste Rose, faire une neuvaine, maux de dents, pour les éviter, manger le jour de St-Hubert des pommes de terre cuites sous la cendre etc.

Contre l’incendie, conserver dans l’armoire un œuf pondu le vendredi saint certes, plus avantageux qu’une police d’assurance.

Ces remèdes choisis dans le tas se perdent hélas, de jour en jour et finiront par disparaître.

Les années 1506 à 1600 virent le règne de la magie noire à son apogée et notre Franchimontois n’échappa pas à la règle de ce fléau. Sorciers et sorcières plus ou moins démoniaques pullulaient dans la contrée.

Raconter les crimes et expiations des coupables et même des innocents condamnés à la hache ou au bûcher serait trop long ; c’est pourquoi je rappellerai seulement cette note d’un procès intenté contre un nommé Pasquéa et son fils et qui rapporte que « les ci-dessus nommés furent exécutés comme loups-garous le 15-3-1606 à la demande de Pierre Asillon échevin de Jalhay et Jean de Célyse qui les avaient attraits en jugement à Franchimont ».

On raconte que d’après des documents officiels, en 1609, trois hommes que la population de Drolenval prétendait être des loups-garous furent brûlés près de Pepinster.

Voici une troisième histoire authentique concernant deux Theutois. Vers les années 1550, plusieurs procès de sorcellerie se jugèrent au château de Franchimont ; aussi à Theux, chef ban, les esprits les plus lucides se troublaient. Ce fut en 1552 que se passa cet évènement, J ; Maghin et sa femme J. Tissor habitaient une fermette, sise près du Wayai sur l’emplacement de l’ancienne filature H. Odenbach.
Le mari qui avait la tête farcie de ces histoires de sortilèges ne s’entendait plus guère avec sa moitié. Or, une nuit, c’était un samedi, il vit sa femme se lever et sans bruit s’oindre d’huile en proférant certaines paroles et enfourchant un manche à balai, s’évader par la fenêtre.

Fortement intrigué par ce manège, notre homme s’étant frotté de cet onguent, prononça les paroles cabalistiques qu’il venait d’entendre et se vit transporter à travers les airs.

Il chevaucha jusqu’à un endroit où il fut témoin d’un spectacle des plus étranges ; plein d’effroi devant cette assemblée hétéroclite de personnages sataniques et de... boucs, il se signa vivement. A l’instant, tous s’enfuirent précipitamment et il se retrouva seul au sommet du Thier du gibet. De retour chez lui, sa femme dans le lit semblait dormir paisiblement. Le lendemain matin, sans parler de rien à Jehanne, il alla au château porter plainte contre celle-ci ; qui, peu après, fut condamnée comme sorcière et brûlée au centre du Leys.

Le 29-7-1553, La cour de Justice de Theux condamne la femme Maghin de Spixhe à être arrêtée et brûlée sur un échafaud, jusqu’à ce que la mort s’ensuive et attachée à un stache (potence) pour exemple.

Quelques semaines plus tard, Maghin, victime d’une vision analogue fut reconnu fou, quant à sa pauvre femme, était-elle coupable ?

Naturellement, le manque d’instruction et une croyance au surnaturel solidement ancrée dans l’esprit fruste de nos ancêtres favorisaient considérablement le pouvoir des prestidigitateurs et mystificateurs de tout acabit. On a beaucoup parlé à Theux d’une condamnation rendue au château de Franchimont vers 1724, qui eût, en son temps grand retentissement.

Trois malfaiteurs dangereux étaient détenus dans un cachot du château et malgré leur détention déjà longue, on ne trouvait pas de preuve sérieuse, et ils niaient toute culpabilité. Ce fut en cette année 1724 que Georges Louis de Berg, élu prince évêque en février vint s’installer au château de Franchimont ; apprenant la présence des bandits et le peu de succès des enquêtes, il fit venir de Liège un de ses lieutenants de police très renommé. Le jour même de son arrivée, il s’installa dans la petite salle de justice et fit comparaître les prisonniers un après l’autre en sa présence.

Juste au dessus du lieutenant assis à son bureau, un grand crucifix était fixé sur le mur. Brusquement, il demanda au prisonnier :
« Pourquoi as-tu tué cet homme ? »
« Je n’ai rien fait » dit le prisonnier en secouant la tête.
« Vous mentez » cria une voix sépulcrale, il faut avouer ! »
Le malfaiteur stupéfait et le lieutenant levèrent vivement la tête vers le Christ.
« Avouez, ou sinon ... » répéta la voix.
Alors, l’homme épouvanté, tombe à genoux et s’écrie « j’avoue tout !! ».
La scène se répéta pour les trois prisonniers qui avouèrent leur crime et furent pendus.

Vous l’avez deviné ! Le lieutenant de police était un excellent ventriloque. Cette condamnation sensationnelle dont G.L. de Berg et son lieutenant de police riaient sous cape fit grand bruit dans tout le pays de Franchimont ; les habitants voulaient voir dans ce évènement, une manifestation surnaturelle, qui donnait beaucoup à réfléchir aux coupe-jarrets toujours assez nombreux à cette époque.

Source : « Pays de Franchimont avril 1960 »
Regn. TIEFFELS


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