Jean Louis Dirix

lundi 5 mai 2008
par  Alexandre Lodez , Mélanie
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Un policier est, par définition, celui qui pose les questions. Pour réaliser ce portrait, il a bien dû se plier au jeu des questions-réponses. Je dois dire qu’il s’est fort agréablement prêté au jeu et que les réponses furent précises et spontanées. Oui, je peux dire qu’il a dit la vérité, toute la vérité.

Etablissons ses origines. Il est né à La Reid, en 1945. Sa famille est originaire de Flandre du côté de son père. Tandis que du côté de sa mère, il est wallon et reidois. Reidois depuis au moins deux siècles. Membre de la famille Cornet, il est comme beaucoup de Reidois, parent avec des familles theutoises comme les Bûche, ou encore Raymond Cornet, marchand de charbon.

Il a fait ses classes à l’école communale de La Reid-centre et puis ses humanités à l’Athénée de Spa. Cette formation a été complétée par des cours du soir à orientation commerciale. En âge de travail, il entre chez Caro et Lambet comme employé le 27 août 1962. Il s’occupe des factures avec Jean Collard. De 1966 à 1974, il entre au service commercial de la quincaillerie Moulan à Verviers. C’est à partir de ce moment que la carrière de Jean-Louis va changer de cap.

Effectivement, sur les terres de la paisible commune de La Reid, le garde champêtre, Monsieur Moray achève sa carrière. Ancien prisonnier de guerre, il aspire à une retraite bien méritée et Jean Gillet (bourgmestre de La Reid) recherche un homme pour le remplacer. C’est ainsi qu’il commence sa carrière le 16 janvier 1975. Quelques temps auparavant, il avait réussi un examen à la police de Stembert, ce qui lui a valu d’entrer immédiatement, sans examen, ni instruction spécifique. Le voilà en place avec mille six cents âmes à surveiller ! Il s’occupe du recensement, des dossiers du Parquet, des changements de domicile, du recensement agricole. Pour la petite histoire, cela signifie que notre policier comptait deux fois par an les veaux, les vaches, les cochons... des agriculteurs reidois. Sa réputation d’homme intransigeant remonte à cette époque. C’est aussi à ce moment qu’il apprend son métier d’agent de quartier. Titre qu’il affectionne et qui a été la trame de fond de sa motivation, tout au long de sa carrière. La vie à La Reid était idyllique. C’était un paradis fiscal. Ils étaient quelques personnes dans les murs de l’administration communale. En 1976, il obtient son diplôme de police rurale.

En 1977, c’est la fusion des communes. Il descend à Theux. A ce moment, ils sont trois policiers avec René Deblon, ancien de Polleur et André Georis, ancien de Theux. Pierre Bouffa est, à ce moment-là, employé de police. L’équipe va grandir au fil du temps. En avril 1977, Pierre Bouffa devient policier. L’an suivant, c’est Madame Bielen qui entre comme employée de police. Très vite, Daniel Levaux rejoint l’équipe. En 1985, André Bovy coiffe le képi. L’équipe se complète enfin par les arrivées de Piron (91), V. Maquinay (92), S. Emonts (96), E. Bruhl (99). A Theux, M. Dirix a connu deux chefs de corps. De 1977 à 1990, c’est le garde champêtre en chef Deblon à qui succède Daniel Levaux qui deviendra en 1997 commissaire. Durant cette période, il conserve son quartier de La Reid. Pourtant, les Theutois se souviennent des rondes systématiques et en uniforme du garde champêtre Dirix. Quelques générations de jeunes se sont méfiées de l’homme qui n’hésitait pas à faire une remarque ou à verbaliser. Attention aux mobylettes qui dépassaient les limites autorisées. Il a fait une carrière de proximité. Même si, à quelques reprises, il a été impliqué dans quelques affaires judiciaires. En 1984, il poursuit avec P. Bouffa les auteurs d’un hold-up. La 4L de la police communale n’étant pas assez puissante, ils ont été semés dans la côte d’Oneux. En 1994, il réussit à confondre un couple d’assassins. Cette affaire l’amènera à témoigner à la Cour d’Assises de Liège. D’autres faits ont également marqué ses souvenirs. En 1975, on découvre sur la commune de La Reid, non loin du parc à gibier, le corps de la petite Brigitte Beco. Cette jeune fille de quinze ans avait été violée et tuée. En 1997, il a aussi été bouleversé par la mort de deux copains pompiers. C’est l’occasion de vous rappeler qu’il a été secrétaire des pompiers durant treize ans. 2001 marque un tournant difficile pour cet agent de quartier expérimenté. La création de la zone de police avec son lot de changements n’est pas toujours facile à vivre, surtout à quelques années de la pension. Cette grosse boutique, comme il dit, a des difficultés à assurer un service de proximité. Il prend sa retraite avec le sens du devoir accompli. Une page de sa vie est tournée sans regret. Il peut maintenant se consacrer à sa famille. Son épouse est turque. En 1974, en vacances en Turquie, il tombe sous son charme. Deux ans plus tard, ils se marient à Ankara. De leur union, deux filles sont nées. L’une est factrice a Spa, l’autre est étudiante à l’Isell St-Roch et suit la formation d’institutrice primaire. Ce garde champêtre est sans doute l’un des rares Theutois à comprendre le turc. D’ailleurs, il a une antenne parabolique qui lui permet de suivre la télévision du pays d’origine de son épouse et, dans sa cuisine, on écoute Radio Istanbul. A cinquante-huit ans, il aura aussi l’occasion de s’adonner à son sport préféré. Il est membre du stand de tir de Stavelot où il s’exerce avec un Pollinois bien connu. Il s’agit de son ancien chef et ami le commissaire Onclin. Bonne retraite Monsieur le garde champêtre !

Alexandre Lodez.

Pays de Franchimont 686 février 2004