La croix du Thier du Gibet

mardi 8 septembre 2009
par  Alex Gonay, Valérie Dohogne
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LA CROIX DU THIER DU GIBET

Que les lecteurs du « Pays de Franchimont » d’octobre dernier se rassurent, on n’a jamais crucifié de condamné à mort sur la croix du Thier du Gibet. L’existence d’une croix sur ce sommet est très récente et pendant de longues années on n’y apercevait aucune superstructure, ce qui lui valut autrefois aussi le nom de « pelé thier » [1].

Vers 1950, les membres d’un mouvement de jeunesse, « Les Cœurs Joyeux » organisèrent durant la Semaine Sainte un chemin de croix. Ils gravirent ce mamelon qui rappelle par sa forme le Golgotha et y plantèrent une croix de bois provisoire qui ne devait guère durer. Mais vraisemblablement en 1955, un fabricant de blocs de béton, Monsieur Jules Maréchal, qui, de sa fenêtre, apercevait ce sommet dénudé, s’offrit à y planter une croix monumentale de quelque quatre à cinq mètres de hauteur reposant sur un socle, le tout en béton, évidemment [2].

Il faut remonter très loin dans le temps, pour découvrir sur ce sommet un autre ornement nettement plus sinistre : une potence d’où le nom donné à la colline. Au 14ème siècle, à la fonction de bourreau était attachée l’attribution d’un curieux fief appelé « le fief du larron », c’était un terrain de quatre hectares situé au Rocheux, non loin du caser actuel. Le tenant de ce fief était exempt de toute obligation féodale ordinaire mais en contrepartie il devait pendre ou faire pendre les voleurs appréhendés dans le Marquisat de Franchimont [3].

Le Thier du Gibet aurait aussi, selon la légende, servi de repaire à l’"rodje gate"...Autrefois, une petite masure s’élevait au sommet du rocher où se trouve actuellement la chapelle Fyon, elle était habitée par un couple de pauvres paysans qui vivaient chichement élevant quelques poules et chèvres. Ils n’avaient pas d’enfant et avaient recueilli un garçonnet qu’ils avaient trouvé abandonné dans le bois de Sohan. Malgré les soins et les conseils des parents adoptifs, le gamin grandissait en âge et en ...méchanceté. Bientôt il devint la terreur des braves gens de Juslenville dont les vergers, Poulaillers et étables étaient l’objet des dépradations du garnement.

Un jour qu’il se trouvait dans le bois de Sohan, il rencontra une vieille femme qui lui demanda de recharger le fagot de brindilles sur son dos : il accepte mais en même temps, sournoisement, il y met le feu. Rapidement fagot et vieille femme ne forment plus qu’une torche qui brutalement s’éteint et apparait une jeune dame, une fée, qui pour le punir le transforme en chèvre au pelage rougeâtre.

Repoussée de tous, cette étrange chèvre finit par trouver un abri dans les flancs du thier du Gibet où sa silhouette se découpait parfois à la tombée de la nuit. En se déplaçant, elle mettait le feu aux maigres buissons qu’elle frôlait, et un jour qu’elle s’était introduite dans Juslenville pour se désaltérer, elle but à la source de la Triquenotte qui, depuis, débita une eau chaude. Dès lors, nos aïeux fort crédules, lors d’un incendie de meule, de hangar ou de forêt, s’écriaient « c’est encore la chèvre rouge ».

On comprend que pendant des siècles, cet endroit fut considéré comme maudit et nos ancêtres évitaient de s’en approcher. Aujourd’hui, la croix qui domine le Thier du Gibet devrait totalement rassurer les promeneurs en quête d’un beau poste d’observation pour admirer notre belle vallée.

A. GONAY.

PDF 558, Novembre 1992


[1Thier : forme francisée du wallon tièr ou tchèr signifiant tertre, côte raide, chemin escarpé (ex. : thier de Polleur).

[2Une croix absolument identique a été construite avec le même gabarit toujours par le même fabricant et placée en 1957 en face de la future entrée de la chapelle de Pouillou-Fourneau.

[3Deux autres sites ont servi de lieux d’exécution au ban de Theux, il s’ agit du Leys, cette bande de terrain au-delà du pont de Theux (voir P.F. novembre 1990) et de la plaine du Jonckeu où on brûlait les condamnés à mort pour sorcellerie.