Sassor, un village sans histoire ?

mardi 8 septembre 2009
par  Valérie Dohogne
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SASSOR :


VILLAGE SANS HISTOIRE ?

Sassor, petit hameau paisible, dominant Marché et même Franchimont, loin des grandes voies de communication, autrefois agricole à cent pour cent, ne paraît pas avoir laissé de grandes traces dans l’histoire du chef-ban de Theux.

Et pourtant... Son origine remonte fort loin, peut-être même à l’époque carolingienne. En 804, Charlemagne n’arrivant pas à soumettre les farouches Saxons en déporta 50 à 60 000 familles qui furent disséminées entre autres dans l’Eifel, l’Ardenne et le Luxembourg, quelques-unes seraient venues s’établir non loin de l’église et du palais carolingiens de Theux, en un endroit qui prit le nom de Sassor, saxon se prononçant alors sachse ou sasse tandis que dans les environs on trouve le nom de Sasserotte, en ce temps là Sasse rode. Rode signifiant en bas-allemand partie défrichée [1]. Sasse rode : terre défrichée par les Saxons... Si non e vero, bene trovato !...

A cette origine légendaire, s’oppose une explication étymologique, Sassor proviendrait de l’ancien français saus : saule [2] et de sur (ancien verbe surdir) : sortir de la terre.

La plus ancienne graphie du hameau date de 1318 et il s’agit de Sassure [3]. On peut encore relever l’existence d’une seigneurerie à Sassor au 17eme siècle. « 25 septembre 1671. Marie de Miche, veuve de Charles-François de Miche, seigneur de Sassor et pair de Bouillon, transporte son usufruit à son fils Winand, colonel de cavalerie au service du Prince de Condé. Elle transporte ensuite à Sœur Alexis, converse des religieuses anglaises de l’ordre du St Sépulcre à Liège et à Nicolas de Plenevaux, ancien bourgmestre de Liège, tous ses biens et la seigneurie de Sassor » (3), mais c’est la seule fois, semble-t-il, qu’il est question de cette seigneurie dans l’histoire de Theux qui n’aurait ainsi compté que trois seigneuries, celles de Jehanster, La Reid et ...Sassor.

Mais au 17ème siècle, à Sassor, on a connu un étrange personnage (légendaire ?) : le père Lambert. Cet homme fort âgé habitait au lieu-dit « Sur les Champs », entre Sassor et Sasserotte. On ne connaissait rien de son origine ni de son identité et les anciens du Village l’avaient toujours connu dans ce lieu désert. Cet homme très pieux se rendait chaque jour à la petite chapelle de Marché, alors située au bord du ruisseau, il veillait à son entretien, réparait régulièrement les dégâts causés à chaque crue et y priait longuement.
Dans sa retraite de Sassor, il recevait les visites des habitants des environs, il était de très bon conseil et soignait gens et bêtes grâce à sa connaissance des vertus médicales des plantes. Mais dans sa très modeste demeure, il accueillait de temps à autre le seigneur de Franchimont et sa dame, lui-même se rendait parfois au château et sa présence étonnait souvent les hommes d’armes qui l’apercevaient à l’intérieur alors que, disait-on, personne ne l’avait vu franchir la porte d’entrée d’où la rumeur de l’existence d’un souterrain qui aurait abouti dans la région de Sassor, quand on n’évoquait pas des dons surnaturels de ce vénérable ermite. Tout ceci augmentait son prestige et aussi le mystère de son identité, et nombreux, étaient ceux qui pensaient qu’il était l’enfant naturel d’un important seigneur ayant résidé au château de Franchimont, mais lui, continuait à vivre dans un dénuement quasi total, n’acceptant que quelques nourritures frugales en échange de services rendus.

Les Sœurs de Sainte Catherine de Sienne qui s’étaient établies en 1630 à Marché lui proposèrent, vu son grand âge, de l’héberger dans leur petit couvent, mais il se refusait à quitter sa chaumière. Un soir, le vieil herdier qui ramenait le troupeau au village, passant devant la cabane eut la surprise d’apercevoir le vieil ermite étendu mort sur son grabat. Le lendemain matin, quand quelques paysans et les religieuses de Marché pénétrèrent dans l’ermitage, le corps avait disparu. La rumeur publique prétendit que c’étaient les serviteurs du château qui, mystérieusement avertis, étaient venus enlever le corps et tout ce qui aurait pu permettre son identification.

Le père Lambert fut vivement regretté et Sassor conserva longtemps un certain culte à son souvenir ; le jour de la St Lambert y était commémoré par des prières mais aussi des réjouissances, puis devint la date de la fête du hameau. Aujourd’hui, et l’histoire du Père Lambert, et la fête à Sassor sont tombées dans l’oubli.

A. GONAY.

Chevalerie de l’Ordre du Chuffin

PDF 566, Juillet 1993


[1L’idée de lieu défriché est évoquée en langue romane par le mot Sart (essarts) en langue franque par le mot Ster.

[2Encore aujourd’hui, le mot Saussaie signifie lieu planté de saules.

[3Livre des Fiefs du Marquisat de Franchimont. F. Tihon.